
Le blogue d’aujourd’hui a été écrit par Elias Squires, naturaliste au parc provincial Blue Lake.
Quand je suis arrivé à Blue Lake, j’en savais très peu sur les arbres, quels qu’ils soient.
Je ne prétendrai pas avoir aujourd’hui ce qui s’approche d’une expertise en arboriculture, mais j’ai appris une chose depuis que je suis naturaliste pour Parcs Ontario : les pins gris sont très possiblement les plus beaux arbres au monde.
Non, je n’accepte aucune critique.
La beauté des pins gris

Si vous avez déjà vu un pin gris, et je suis certain que vous êtes nombreux à en avoir vu, vous aurez peut-être pris le temps de vous émerveiller devant sa pure austérité.
Personne ne qualifie le pin gris d’arbre grandiose, contrairement au gigantesque pin blanc.
Le pin gris n’est pas un bel arbre – certains pourraient même dire qu’il est laid.
Il est gris, squelettique et a l’air plutôt chétif avec ses touffes d’aiguilles qui dépassent n’importe comment et donnent une silhouette fragmentaire à cet arbre à l’apparence autrement hirsute.
Certains d’entre eux poussent bien droits et raides comme des flèches, alors que d’autres s’inclinent sous un poids invisible, leurs branches entortillées. De petites cocottes incolores en tombent et couvrent le sous-bois, comme les excréments d’une énorme bête.
Mais, pourriez-vous vous demander, qu’est-ce qui évoque la beauté dans tout cela?
Il est difficile d’expliquer en quoi consiste l’étrange beauté magnétique du pin gris – mais je vais faire de mon mieux.
Définir une… beauté unique
Commençons ainsi :
vous faites une promenade sur la plage du parc provincial Blue Lake, au coucher du soleil.
Puisque nous sommes au nord-ouest de l’Ontario, la vue est typiquement pittoresque; des pins gris s’alignent sur la plage, illuminés à contre-jour par le soleil doré décroissant, comme des soldats ombragés au garde-à-vous devant la vaste étendue d’eau glaciale.

Les branches maîtresses des arbres semblent se mêler et toucher les rayons flamboyants, à la fois rigides et tombantes.
Ces arbres ont l’air de lutter pour survivre. Ils ont un peu l’air d’être déjà morts.
Ils ont l’air de ce qu’en pensent sans doute les autres arbres, c’est-à-dire vieux et fatigués et plus sages que quiconque d’entre nous. (Bien sûr, je ne le sais pas vraiment. Je ne parle pas « arbre ». Mais c’est une jolie pensée, n’est-ce pas?)
Outre leur charme étrange, les pins gris sont aussi, objectivement, tout simplement géniaux.
S’épanouir dans le feu
Voilà un fait intéressant :
vous vous souvenez de ces cônes dont j’ai parlé? Ceux qui ressemblent un peu à des excréments d’animaux.

À l’instar d’autres conifères, les graines des pins gris se répandent à l’aide de cocottes – ce qui diffère des arbres à feuilles caduques, qui propagent leurs graines au moyen de fleurs.
Les cocottes de pin gris sont sérotineuses, un mot dérivé du latin qui signifie « qui arrive plus tard ». Elles sont scellées à l’aide d’une couche de résine semblable à de la cire et qui ne fond qu’une fois exposée à la chaleur extrême d’un feu, ce qui permet aux cocottes d’éclore et de libérer les graines qu’elles renferment. Les semis de pin gris ont besoin de beaucoup d’ensoleillement direct pour pousser, ce qui fait des aires récemment brûlées des endroits parfaits pour qu’ils s’enracinent.

Autrement dit, les pins gris germent lorsqu’eux et leurs voisins s’enflamment ou subissent une chaleur extrême.
Comme je disais : génial… ou devrais-je dire intense!
Histoire des feux de Blue Lake
Ces arbres sont le paysage de l’histoire vivante de Blue Lake, et ce, même après qu’un feu de forêt a balayé le parc en 1910 et envoyé la dernière génération de pins gris s’enflammer en un glorieux brasier.
L’espace ainsi libéré a permis aux cocottes tombées de germer, vives et vertes, pour former une nouvelle génération d’arbrisseaux s’élevant tels des phénix renaissant de leurs cendres.
Depuis lors, avec la création du parc et la popularité de ce dernier auprès des visiteurs, le risque de laisser la forêt brûler naturellement s’est révélé trop grand. Pour cette raison, les feux de forêt à l’intérieur et autour de Blue Lake sont habituellement réprimés – ce qui fait que les pins gris du parc ont, lentement mais sûrement, commencé à atteindre la fin de leur cycle de vie.
Sans feu pour renouveler naturellement la forêt, les pins gris de Blue Lake seront petit à petit remplacés par d’autres essences qui tolèrent mieux l’ombre, comme le sapin baumier et le sorbier.
Les forêts changent sans arrêt – qui sait à quoi celle-ci ressemblera dans 100 ans?
La vie après le feu
Cette forêt, à l’instar de tant d’autres comme elle, vit grâce au feu.
Au fil des années, nos pratiques en matière de gestion forestière ont changé. Auparavant, le feu était principalement considéré comme étant un élément dangereux et destructeur qu’il fallait éradiquer grâce à l’adoption d’une approche agressive.
Mais cela n’a pas toujours été l’avis de tous. Les communautés autochtones ont longtemps procédé à des brûlages culturels dirigés, elles qui reconnaissaient les avantages écologiques de cette pratique.

Petit à petit, les aménagistes forestiers ont commencé à reconnaître le rôle du feu pour le maintien de forêts saines, ce qui a mené à des pratiques de gestion forestière plus durables.
De nos jours, il serait envisageable d’autoriser des feux de forêt lorsqu’ils ne menacent en rien les personnes ou la propriété, ce qui permet aux forêts de se regénérer, d’être en meilleure santé et de présenter une plus grande biodiversité.
Des brûlages contrôlés ou prescrits pourraient être efficaces à certains endroits pour renouveler une forêt – ce qui permettrait également de réduire le plus possible les risques de feux de forêt incontrôlés, une forme d’atténuation du danger.
Apprendre du feu
Le feu est plus qu’une possible catastrophe naturelle : c’est le moyen qu’a une forêt de rester en vie.
Mais dans de nombreux endroits, il est hors de question de laisser le feu brûler, comme là où il menacerait trop de toucher des communautés et des infrastructures humaines – comme à Blue Lake, qui est fréquenté par les visiteurs du parc.
Au parc provincial Blue Lake, nos pins gris sont aussi importants que le paysage naturel des attractions les plus évidentes (comme le lac bleu, peut-être?).

Au parc, le personnel propose des programmes Découverte durant l’été, qui donnent l’occasion d’en apprendre davantage sur les essences et les paysages du parc, notamment sur les pins gris et leur lien avec le feu.
Dernièrement, le personnel s’est enthousiasmé par l’offre d’un programme scolaire interactif appelé « La forêt née du feu », qui parle du rôle du feu dans la forêt boréale. Ce programme met en vedette, vous l’aurez deviné, le pin gris, en tant que joueur le plus précieux de l’écologie du feu de forêt.
Apprenez-en plus sur les programmes scolaires de Parcs Ontario : Comment réserver un programme d’école virtuelle

