Le billet d’aujourd’hui nous vient de Kenton Otterbein, responsable du programme Découverte au parc provincial Killbear.
À une époque où la communication instantanée, les prévisions météorologiques précises ou le GPS n’existaient pas encore, les feux de navigation et les phares des Grands Lacs aidaient à guider les navires vers un port sûr à travers les hauts-fonds dangereux et les mers déchaînées.
Il y a un peu plus de 100 ans, un navire a connu une fin prématurée en empruntant un itinéraire qui comprenait les rives du parc Killbear.
C’est l’histoire tragique du Lambton.
Les feux de guidage des Grands Lacs
Le feu de navigation de Killbear a été construit en 1904 pour marquer la voie vers les ports industriels très fréquentés de Parry Sound et Depot Harbour.

Il y a 100 ans, les gardiens de phare devaient se rendre par leurs propres moyens à leur poste et y rester pendant toute la saison de navigation. Cela signifiait des voyages périlleux à la mi-avril et à la mi-décembre.
Pour les gardiens des phares situés près de Killbear (Jones Island, Snug Harbour et Red Rock), ce n’était généralement pas une grande épreuve.

Pour les gardiens de phare des îles éloignées du lac Supérieur, cependant, il s’agissait d’un trajet menaçant leur vie, sur les eaux glacées du plus grand lac d’eau douce au monde.
Mise à l’eau du Lambton
En 1921, George Penfold a été nommé nouveau gardien du phare de Caribou Island, qui se trouve au milieu du lac Supérieur.
Il s’était plaint amèrement de la situation dangereuse auprès du ministère de la Marine et des Pêcheries (un précurseur de la Garde côtière actuelle).
Le ministère a décidé de résoudre le problème en envoyant le Lambton pour déposer et cueillir les gardiens de phare.
Le Lambton était stationné à la base de la marine à Parry Sound.

À la mi-avril 1922, il a quitté Parry Sound avec un équipage de 22personnes à bord. Le 18 avril, il a cueilli trois gardiens de phare et deux assistants à Sault Ste Marie, et est parti pour Caribou Island.
La fin du navire
Il ne s’est jamais rendu.

Le Lambton a affronté une violente tempête dans la nuit du 19 avril et a probablement coulé cette nuit-là.
Le 22 avril, un cargo a signalé que le phare de Caribou Island ne fonctionnait pas. Le lendemain, un autre navire a signalé avoir vu une épave correspondant au Lambton à environ 13 milles à l’est de Caribou Island.
Malheureusement, après une semaine de recherches supplémentaires, aucun survivant ou corps n’a été retrouvé, et les proches ont été informés.
Si tout naufrage entraînant des pertes de vie est tragique, celui-ci l’était doublement, car il aurait pu être évité.

George W. Johnston a été le gardien du phare de Caribou Island jusqu’en 1921, année où il a commencé un nouveau travail à la base de Parry Sound. Il se trouvait à bord du Lambton en décembre 1921 lorsque celui-ci est venu chercher les gardiens de phare du lac Supérieur.
Il a rédigé un rapport cinglant avertissant que le Lambton était totalement inadapté au travail. Malheureusement, ses superviseurs l’ont ignoré et 27 hommes sont morts.
Parmi les morts se trouvaient six habitants de Parry Sound, un coup dur pour la petite communauté côtière.
Cent ans plus tard, l’histoire du Lambton s’est effacée des connaissances générales.
Explorez le littoral de Killbear
Aujourd’hui, vous pouvez voir le feu de navigation de Killbear en parcourant le sentier Lighthouse (phare en français), nom quelque peu inapproprié, jusqu’à la pointe de Killbear Point.

Pendant l’été, vous êtes sûr de voir de petits bateaux de plaisance qui profitent de notre partie des magnifiques 30 000 îles.
Comme Parry Sound est encore un port industriel, vous aurez peut-être la chance d’apercevoir un cargo lacustre transportant du sel de voirie, un bateau de croisière transportant 200 passagers, ou peut-être même un navire de la Garde côtière retournant à sa base.

Nous espérons que votre visite au phare vous plaira, mais pendant que vous y êtes, vous pouvez peut-être avoir une pensée pour ceux qui ne sont jamais revenus.
Pour en savoir plus sur cette tragédie, notamment sur les noms des âmes perdues, nous vous recommandons cet article (en anglais). L’article original a été rédigé par Patricia Madigan, la petite-fille de l’homme qui a tenté d’empêcher cette catastrophe.