Le billet d’aujourd’hui a été rédigé par Katherine Muzyliwsky, étudiante dans le cadre des programmes éducatifs du patrimoine naturel au parc provincial Neys.
Avant que le parc Neys devienne un parc provincial, il était surnommé le camp no 100 de Neys. Durant la Seconde Guerre mondiale, on y trouvait des prisonniers de guerre allemands au lieu d’heureux campeurs en vacances.
Le parc provincial Neys a servi de camp de prisonniers de guerre de 1941 à 1946, et les édifices ont été détruits en 1953. Depuis ce temps, des artéfacts ont été découverts dans le parc et d’autres ont été généreusement donnés.
Des bottes qui révèlent beaucoup de choses
Les bottes en disent long sur la vie des prisonniers. Ces bottes auraient appartenu à un prisonnier allemand durant sa détention au camp de Neys.

Imaginez ce que c’est que d’être un prisonnier. Après un voyage en train de 64 heures à partir de Halifax, cela a dû être très frustrant et intimidant de débarquer dans un lieu froid et étranger et de ne pas savoir où l’on se trouve.
Pour réduire les risques d’éventuelles tentatives d’évasion, les gardes cachaient leur emplacement en recouvrant les panneaux de destination le long des voies ferrées.
Derrière les barbelés
Comme vous pouvez l’imaginer, un camp de prisonniers de guerre requiert une barricade pour garder les prisonniers enfermés. On utilisait du fil barbelé pour dissuader les prisonniers de s’évader. Il y avait trois rangées de clôtures barbelées, espacées de trois mètres les unes des autres, chacune mesurant trois mètres de haut.

Les quelques 500 prisonniers vivaient à l’intérieur de la clôture, tandis que les 100 membres de la Garde territoriale des anciens combattants se trouvaient de l’autre côté, le long de la rive nord du lac Supérieur.
La Garde territoriale des anciens combattants était composée de vétérans de la Première Guerre mondiale. Un bon nombre d’entre eux étaient trop âgés ou blessés pour s’enrôler au moment de la Seconde Guerre mondiale, mais ils étaient encore capables d’aider au camp des prisonniers de guerre.
À l’intérieur de la zone clôturée se trouvaient des casernes en H, une salle de loisirs, une salle de mess, un hôpital et un terrain de sport. En se promenant sur le terrain de camping aujourd’hui, on peut toujours y voir des vestiges du camp.
Gravé dans le temps

Cet étui à cigarettes a peut-être appartenu à un prisonnier ou à un garde. En le regardant de près, on peut voir les initiales « W.B. » gravées dans un cœur dans le coin inférieur.

Était-ce un cadeau d’un être cher? Qui est W.B et quelle est son histoire? Cet artéfact nous rappelle que les prisonniers et les gardes étaient isolés de leur famille, de leurs amis et de leurs proches pendant qu’ils servaient leur pays.
La vie quotidienne d’un prisonnier de guerre

On peut imaginer la vie quotidienne des prisonniers à partir des histoires orales et des rapports de recherche. La plupart des prisonniers travaillaient pour la Pigeon River Timber Company dans des camps de bûcherons le long de la petite rivière Pic.
Puisque des Canadiens se sont rendus outremer pour servir sur la ligne de front durant la guerre, les prisonniers de guerre ont aidé à combler les pénuries de main-d’œuvre auxquelles faisaient face les sociétés forestières. Ils utilisaient des outils comme la perche à poteau pour réduire la douleur causée par l’assemblage de cordes de bois.
L’art des prisonniers de guerre
Néanmoins, les prisonniers avaient beaucoup de temps libre pendant leur détention dans un camp de prisonniers de guerre. Il pouvait participer à des sports organisés, à un orchestre, à des activités de bûcheronnage et à des arts. Les prisonniers peignaient des cartes postales et des toiles, fabriquaient des sculptures, faisaient de la sculpture sur bois et plus encore.
Ce modèle de navire a été sculpté par un prisonnier au camp de Neys. Puisque de nombreux prisonniers de ce camp étaient des officiers de l’armée de l’air ou de la marine allemande, les navires étaient un thème commun dans leurs œuvres. Cette pièce s’appelle le « Karlsruhe », et il s’agit probablement du navire à bord duquel le prisonnier artiste a servi avant d’être fait prisonnier.

Remarquez les détails minuscules, dont l’artillerie complète.
La nourriture du camp
Les louches sont un outil important dans la cuisine. Celle-ci a été trouvée dans les ruines de la forêt autour du camp no 100 de Neys. On dit que les prisonniers recevaient des œufs frais à leur arrivée et qu’on leur fournissait du café, du thé, de la viande marinée, des pommes de terre, du gruau, de la soupe, du pain, du chou et même de la bière.

Les prisonniers avaient des cuisiniers allemands, étaient très bien nourris et manquaient rarement de nourriture. La nourriture du camp n’était sans doute pas très différente de celle que nous mangeons aujourd’hui lorsque nous faisons du camping au parc provincial Neys!
Des vivres et d’autres fournitures étaient livrés par train, et on peut encore entendre et voir les trains circuler le long de la limite nord du parc.

Aujourd’hui, la salle de mess (où les prisonniers mangeaient) est le plus grand vestige qu’il reste. On peut voir des parties de la fondation le long de la route principale du parc, entre la zone 1 et les blocs sanitaires.
Si vous trouvez un artéfact ou un vestige, n’oubliez pas de le laisser à sa place. Prenez une photo et indiquez l’endroit où il se trouve au personnel du parc.
L’hygiène personnelle
Nous espérons que, après avoir mangé, les prisonniers se brossaient aussi les dents. La tête de cette brosse à dents – trouvée dans le parc – comprend un corps en plastique muni de crins de cheval et a peut-être appartenu à un résident du camp.

Même en tant que prisonniers et en plein cœur de la Guerre mondiale, l’hygiène était essentielle pour rester en santé. Les prisonniers disposaient également d’un petit poste de lavage dans la section centrale de leur caserne.
D’artistes à spécialistes de l’évasion
Les prisonniers avaient de nombreuses possibilités de loisirs et, en général, ils semblaient mener une vie agréable au camp. Toutefois, en fin de compte, c’était leur travail d’essayer de s’évader.

Ces armes faites à la main – un morceau de bois en forme de marteau muni d’un clou rouillé et un morceau de bois en forme de fusil muni d’une lame dentée – ont été données récemment au parc provincial Neys par la famille d’un ancien garde qui les avait confisquées à des prisonniers durant son quart au camp no 100 de Neys.
S’établir au Canada
Les prisonniers au camp no 100 de Neys ont finalement été renvoyés en Allemagne en mars 1946. Compte tenu du bon traitement reçu par les prisonniers, un bon nombre sont revenus au Canada par la suite pour s’y établir.

Le parc provincial Neys a été nommé un événement historique national en 2012, reconnaissant le traitement juste et humain des prisonniers de guerre dans l’ensemble du Canada durant la Seconde Guerre mondiale.