
Le billet d’aujourd’hui a été rédigé par Caitie Carney, ancienne naturaliste du parc provincial Neys.
J’ai toujours été fascinée par l’histoire du Titanic et par les circonstances de son naufrage.
Enfant, je me souviens d’être allée au musée du Titanic à Las Vegas et d’avoir passé des heures à examiner des artefacts et à découvrir l’histoire des passagers qui ont survécu et, éventuellement, de ceux qui ont péri.
Quand je suis arrivée à Neys pour un emploi d’été dans le cadre du programme Découverte, l’une des premières questions qu’on m’a posées était :
« As-tu entendu la chanson “The Wreck of the Edmund Fitzgerald” de Gordon Lightfoot? Si ce n’est pas le cas, je te recommande de l’écouter, car de nombreux visiteurs poseront des questions sur le naufrage. »
Au-delà de l’Edmund Fitzgerald


L’Edmund Fitzgerald est sans aucun doute le naufrage le plus célèbre du lac Supérieur. Il a eu lieu le 10 novembre 1975, près de Sault Ste. Marie, lors d’une violente tempête, coûtant la vie aux 29 membres de son équipage.
Le centre d’accueil du parc Neys présente une petite exposition d’objets provenant d’épaves, dont la pièce la plus populaire est une bouée de sauvetage de l’Edmund Fitzgerald. John (Jack) Robert Bryson, le gardien du phare de Slate Islands, l’a trouvée lorsqu’elle s’est échouée sur l’île Patterson (qui fait aujourd’hui partie du parc provincial Slate Islands) en mai 1978, à peine trois ans après le naufrage du navire. Jack a généreusement fait don de la bouée pour qu’on l’intègre à l’exposition du parc sur le lac Supérieur.
Lorsque j’ai commencé cet emploi, ma curiosité au sujet des épaves du lac Supérieur s’est éveillée, en particulier sur celles dans les environs du parc Neys.
J’ai découvert que le parc compte deux autres épaves à proximité qui contribuent à l’histoire du parc et de la région.
Voici leurs histoires.
La barge Whaleback 115
La barge Whaleback 115 fait partie d’une série de 43 navires. On les surnomme « whaleback » (dos de baleine) en raison de la forme du navire qui, chargé au maximum de sa capacité, rappelle le dos d’une baleine.
Cette conception vise à assurer une plus grande stabilité des barges en haute mer. Cependant, la barge est mal conçue et vit plusieurs quasi-naufrages avant de finalement sombrer.

Le 10 décembre 1899, la barge Whaleback 115 entreprend ce qui sera son dernier voyage au départ de Two Harbors, au Minnesota, en direction de Sault Ste. Marie.
Chargée de minerai de fer, la barge est remorquée par une autre barge nommée Colgate Hoyt. En raison d’une violente tempête hivernale, le capitaine décide de naviguer plus près de la rive canadienne du lac Supérieur.
L’équipage progresse lentement.
Le 13 décembre, la tempête est si violente que le câble de remorquage se rompt et la Whaleback est séparée de la Colgate Hoyt.
L’équipage de cette dernière entreprend immédiatement des recherches lorsqu’il constate que la Whaleback manque à l’appel. Il cherche pendant quatre heures, mais décide de retourner à Sault Ste. Marie en raison de la détérioration des conditions météorologiques et du manque de charbon pour alimenter le navire.
À son retour en ville, on l’informe que la Whaleback reste introuvable et une nouvelle opération de recherche est organisée.
Après d’autres recherches infructueuses, la barge Whaleback 115 est déclarée perdue, et l’on présume qu’il n’y a aucun survivant. Cependant, l’équipage de neuf membres de la Whaleback lutte toujours pour sa survie.
Une histoire de survie dans la neige
Selon le témoignage direct d’un membre de l’équipage, la barge a dérivé sur le lac Supérieur pendant cinq jours avant de heurter l’île Pic.
Après plusieurs allers-retours dans un petit radeau de sauvetage, les neuf membres de l’équipage atteignent la terre ferme. Là, ils sont accueillis par trois pieds de neige et doivent gravir une falaise abrupte, croyant être arrivés sur le continent.
Les survivants passent la première nuit dans la froidure de la forêt, avec peu de vêtements secs et de provisions. Le lendemain, ils explorent le rivage, pour finalement découvrir qu’ils se trouvent sur une île (l’île Pic).

Heureusement, la deuxième nuit, l’équipage trouve une vieille cabane en rondins pour se réfugier.
Le troisième jour, il fabrique un radeau à partir de la cabane. Ils parcourent ensuite 8 km jusqu’à la terre ferme de la péninsule Coldwell, où le radeau se désagrège à l’arrivée.
Une fois sur place, et après une autre nuit glaciale dans la forêt, ils suivent la voie ferrée et réussissent à trouver un employé du chemin de fer qui leur vient en aide.
Le 22 décembre 1899, tous les membres de l’équipage rentrent chez eux sains et saufs. Malgré le voyage glacial, un seul membre de l’équipage a subi des engelures.
La barge Whaleback 115 est le dernier navire à couler dans le lac Supérieur au cours du XIXe siècle.
L’épave de la Whaleback est finalement découverte près de l’île Pic en 1980; bien qu’elle soit manifestement endommagée après avoir heurté les rives rocheuses de l’île, la cloche du navire est demeurée intacte. Encore aujourd’hui, on peut apercevoir les débris de la barge 115 lorsqu’on se trouve en hauteur sur l’île Pic (qui fait maintenant partie du parc Neys).

Vous pouvez maintenant voir la cloche, la barre, un hublot et d’autres artefacts de la barge au centre d’accueil du parc Neys.
Le Judge Hart
Le Judge Hart était un navire conçu pour la navigation dans le canal de Welland. Construit en 1923 en Angleterre, il parcourt les Grands Lacs pendant 20 ans.
Durant la Grande Dépression, les besoins en matière de transport maritime sont limités, mais dès le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le Judge Hart reprend du service.

Son dernier voyage a lieu le 25 novembre 1942, au départ de Port Arthur (aujourd’hui Thunder Bay), en direction de l’océan Atlantique avec une cargaison de céréales. C’était une journée de novembre typique pour le lac Supérieur.
Cependant, le lendemain, la situation s’envenime lorsque l’équipage se retrouve au cœur d’une tempête de verglas.
Dès que le Judge Hart atteint Slate Islands, la météo commence à se détériorer. Les coups de vent se multiplient et les vagues s’abattent sur le bateau.
En raison de la mauvaise visibilité, le capitaine juge préférable de modifier sa route et de s’abriter dans la baie Jackfish, près de Marathon.
L’appareil de mesure des profondeurs du navire est gelé au point de ne plus fonctionner. Il est alors difficile de déterminer la profondeur de l’eau. L’équipage tente d’ouvrir la trappe du navire pour améliorer la visibilité, mais la tempête est trop violente pour voir quoi que ce soit.
Le 26 novembre, le Judge Hart heurte les rochers Fitzsimmons, à environ 18 km de ce qui est aujourd’hui le parc provincial Neys.
En raison de la faible vitesse du navire lorsqu’il heurte le rocher, seul un petit trou est percé dans la coque.
L’équipage prévoyait faire venir trois bateaux se trouvant à proximité pour faire remorquer le Judge Hart. Hélas, il découvre que les dommages sont trop importants pour remorquer le bateau jusqu’au rivage.
Le 28 novembre, à 10 h 45, l’ordre d’abandonner le navire est donné. En raison de l’accumulation de glace sur le bateau, le Judge Hart demeure à flot et dérive jusqu’aux îles Barclay, où le navire finit par couler à environ 200 pieds de profondeur dans la baie Ashburton. Personne n’a perdu la vie.
On retrouve le Judge Hart 50 ans plus tard, parfaitement intact, au fond du lac Supérieur.

À l’occasion, des plongeurs expérimentés explorent encore aujourd’hui l’épave du Judge Hart, qui a conservé son apparence au moment de son naufrage.
Voyez l’histoire prendre vie!
Lors de votre prochaine visite au parc Neys, passez au centre d’accueil pour voir nos artefacts et en apprendre davantage sur les épaves de la région.
Apprenez-en davantage sur d’autres épaves du lac Supérieur!
Le parc provincial Neys est situé à trois heures et quart de Thunder Bay et à trente minutes de Marathon.

