Le passé sombre du parc provincial du Lac Supérieur

grandes vagues déferlant sur le rivage

Le billet d’aujourd’hui a été rédigé par Tiffany Askett, interprète du programme Découverte au parc provincial du Lac-Supérieur

« The legend lives on from the Chippewa on down,

Of the big lake they call Gitche Gumee,

The lake it is said, never gives up her dead

When the skies of November turn gloomy »

The Wreck of The Edmund Fitzgerald de Gordon Lightfoot

Extraits de la chanson de Gordon Lightfoot sur le naufrage de l’Edmund Fitzgerald : « Selon une légende de la tribu chippewa, le lac qu’ils appelaient Gitche Gumee ‘ne rend jamais ses morts’ quand le ciel de novembre s’assombrit. »

Le lac Supérieur

Les enseignements des Anishinaabeg parlent d’un esprit appelé « Grand Lynx », dont le nom ne doit pas être prononcé en dehors de l’hiver, quand la couverture de glace empêche d’appeler l’esprit.

L’esprit n’est ni bon, ni mauvais, mais il est incroyablement puissant et peut être dangereux si le lac n’est pas respecté.

Au moins 550 navires ont coulé dans le lac Supérieur depuis le début des années 1800. Cela n’a rien de surprenant, car il s’agit du plus vaste lac d’eau douce du monde.

grande vague sur un lac

On ignore encore beaucoup des navires qui ont sombré dans le lac Supérieur.

Les récits écrits étant relativement peu nombreux, il y a peu d’espoir que les mystères entourant ces navires soient entièrement élucidés.

Il est difficile de dire exactement combien de naufrages ont eu lieu près du parc provincial du Lac-Supérieur. Nous savons qu’il y en a eu au moins cinq, mais il y en a eu probablement beaucoup plus.

Les trois sœurs

Être pris dans une tempête au lac Supérieur est souvent mortel. Les vagues puissantes peuvent décider du sort d’un marin : s’il vivra, mourra ou disparaîtra.

En cas de tempête, les marins sont bien avisés de craindre « les trois sœurs », phénomène caractérisé par trois vagues scélérates qui se succèdent rapidement.

Les trois sœurs s’avéraient souvent mortelles pour les navires, car la première vague s’écrasait sur le pont et, avant qu’elle ne puisse s’écouler, la deuxième vague s’abattait, ajoutant encore plus d’eau et de poids sur le navire.

Enfin, la troisième vague ne laissait que peu de survivants, car l’avant du bateau était submergé par un immense mur d’eau avant que l’équipage ne puisse s’échapper.

Les naufrages à proximité du parc provincial du Lac-Supérieur

Vous avez probablement entendu parler de l’épave la plus tristement célèbre du lac Supérieur, l’Edmund Fitzgerald, mais il y a beaucoup d’autres épaves le long de la côte du parc provincial du Lac-Supérieur.

Voici celles que l’on connaît le mieux :

L’Acadia (1896)

photo en noir et blanc d’un navire. Texte : Acadia / Acadia

Le mois de novembre est l’une des périodes les plus dangereuses de l’année au lac Supérieur, car les coups de vent mortels sont fréquents.

grande cloche en métal

En novembre, les tempêtes au lac Supérieur peuvent entraîner des vagues allant jusqu’à neuf mètres et des vents de 100 km/h.

L’Acadia était un bateau à vapeur en bois de 54 mètres transportant 25 000 boisseaux de céréales. Venant de la région de la « Tête-des-Grands-Lacs », on pense qu’il se dirigeait vers le sud, en direction de Sault Ste. Marie.

Les vents violents de novembre se sont avérés trop violents pour le bateau en bois, et la force du lac Supérieur l’a projeté contre les rochers près de l’embouchure de la rivière Michipicoten. Les membres de l’équipage ont réussi à rejoindre le rivage, avec la forêt comme seul abri pour les protéger du lac, en attendant les secours.

Le capitaine Clifford et quatre membres d’équipage ont décidé de prendre les devants. Ils ont trouvé des marins locaux qui leur ont prêté un voilier, et il leur a fallu 12 jours pour atteindre Sault Ste. Marie.

Des années plus tard, des plongeurs de l’association Save Ontario Shipwrecks ont cartographié l’épave et récupéré la cloche du navire.

La cloche se trouve désormais au centre d’accueil du parc provincial du Lac-Supérieur, symbole de tous les navires et équipages qui ont succombé à la force du lac Supérieur.

On dit que des morceaux du navire sont parfois visibles, coincés entre les rochers, près de la pointe Grindstone, qui n’est accessible que par bateau.

Emplacement de l’épave : près de l’embouchure de la rivière Michipicoten, parc provincial du Lac-Supérieur

Le Golspie (1906)

photo en noir et blanc d’un bateau. Texte : Golspie / Golspie

La température annuelle moyenne au lac Supérieur est de 4 degrés Celsius, ce qui fait de décembre un mois très froid pour voyager. Les conditions sont souvent périlleuses, car les marins font face à des champs de glace et à une faible visibilité.

Le Golspie, navire de 56 mètres de long, a quitté Fort William le 4 décembre en direction de l’île Michipicoten. Le navire à vapeur transportait de l’avoine, de l’orge et des marchandises diverses quand il a été pris dans une tempête. Il a tenté de se rendre dans la baie Gargantua pour s’abriter et échapper à la force du lac Supérieur.

Malheureusement pour ceux qui étaient à bord du Golspie, le navire était trop endommagé pour atteindre la baie Gargantua et a dû s’abriter dans la baie Old Woman, où il s’est échoué sur la plage.

Le capitaine et l’équipage ont alors dû affronter les rudes conditions hivernales sur la terre ferme, peu couverts pour le froid.

Douze membres de l’équipage ont tenté de rejoindre la localité la plus proche, Michipicoten, pour avoir de l’aide. Finalement, seuls sept des douze hommes ont survécu à la marche glaciale le long de la côte accidentée du lac Supérieur.

Emplacement de l’épave : dans la baie Old Woman, parc provincial du Lac-Supérieur

Le Columbus (1909)

photo en noir et blanc d’un bateau. Texte : Columbus / Columbus

Le naufrage du Columbus est un incident rare car il n’y a pas eu de blessés.

En septembre, trois navires ont pris feu au havre Gargantua, le premier étant le Columbus, remorqueur de 46 mètres. Lorsque le Columbus a pris feu, attaché au quai, l’équipage s’est précipité pour protéger le village de pêcheurs dans la baie et a détaché le navire, qui a dérivé dans le lac où il a coulé.

Il est important de noter que le havre Gargantua se trouve dans une région connue sous le nom de Nanabozhung par les Anishinaabeg. Cette région est profondément sacrée et fréquemment utilisée pour des cérémonies.

Les visiteurs sont invités à respecter la nature spirituelle de Nanabozhung et à éviter de perturber les rassemblements ou les offrandes sacrées, comme les guirlandes de tabac, que l’on peut trouver dans la région.

Emplacement de l’épave : au havre Gargantua (Nanabozhung), parc provincial du Lac-Supérieur

Le Reliance (1922)

photo en noir et blanc d’un bateau et de son équipage sur un lac

Le 13 décembre, le Reliance, remorqueur de 38 m, avait 35 personnes à bord : 14 membres d’équipage et 20 bûcherons. Ces derniers quittaient les camps de bûcherons situés le long de la rive est du lac Supérieur pour se rendre à Sault Ste. Marie afin d’y passer les vacances.

Malgré une neige abondante, le Reliance prit le départ et continua de naviguer dans des conditions de plus en plus difficiles. Finalement, la tempête a été si forte que le navire a été projeté sur les rochers entourant l’île Lizard Sud.

Quand le capitaine a tenté de faire marche arrière, le poids du bateau contre les rochers a creusé un trou géant dans la coque du navire, ce qui a fait plier l’hélice et échouer le bateau.

Huit personnes ont embarqué dans un canot de sauvetage et atteint le rivage, mais il fallait encore marcher près de 26 kilomètres pour arriver à la station la plus proche et demander de l’aide. Tout le monde n’est pas arrivé à destination. On peut qu’imaginer à quel point ce voyage a été difficile, surtout en hiver.

Les autres passagers ont rejoint l’île sur des radeaux et ont été secourus six jours plus tard.

Le capitaine McPherson et trois autres hommes, las d’attendre les secours, ont tenté de se mettre à l’abri avec un second canot de sauvetage. L’embarcation a été retrouvée écrasée contre des rochers, sans aucun signe de l’équipage. Ils ont été déclarés perdus en mer. On ne sait toujours pas ce qu’il est advenu d’eux.

Plus tard, le Reliance a été ramené à Sault Ste. Marie pour être réparé et a navigué durant encore cinq saisons sur le lac Supérieur, passant par les îles Lizard, avant d’être coulé délibérément.

Emplacement de l’épave : inconnu

Le Lambton (1922)

photo en noir et blanc d’un bateau sur un lac

Le Lambton est l’une des épaves les plus mystérieuses du lac Supérieur.

Le Lambton était un navire en acier de 33 mètres de la Garde côtière, construit à l’origine comme remorqueur, qui servait à amener les gardiens aux phares éloignés de l’est du lac Supérieur.

Extrêmement importants pour la navigation de nuit, les phares avertissaient les navires des dangers le long de la côte accidentée du lac Supérieur. Le Lambton était le premier moyen de transport désigné par le gouvernement pour les gardiens de phare.

Le navire est parti en avril de Sault Ste. Marie avec environ 22 personnes à bord, dont cinq gardiens de phare. Alors qu’ils se dirigeaient vers les cinq phares de l’est, le lac était parsemé de plaques de glace et l’eau était agitée.

Quelques jours après le départ, on a rapporté que les phares n’étaient pas allumés, alors que les gardiens devaient déjà être arrivés. Le Lambton avait disparu.

Après une semaine de recherches, tout ce que l’on a trouvé du navire était une épave flottante.

Le Service canadien des phares a confirmé que les morceaux provenaient du Lambton, mais ce qui s’est passé exactement reste un mystère. Le Lambton n’avait pas pu appeler à l’aide sans radio, qui n’était pas obligatoire à bord des navires à l’époque. Ni l’épave complète, ni aucune des 22 personnes à bord n’ont été retrouvées.

On dit que le Lambton est devenu un bateau fantôme qui navigue sur le lac Supérieur à la recherche des phares qu’il n’a jamais atteints. Il a été aperçu à plusieurs reprises près de Gargantua à l’automne 1922, moins de six mois après sa disparition.

Emplacement de l’épave : seul le lac Supérieur le sait

Apprendre du passé

Visitez le centre d’accueil du parc provincial du Lac-Supérieur à la baie Agawa pour en savoir plus sur les naufrages qui ont eu lieu près du parc.

Nous vous invitons à découvrir les objets interactifs qui sont exposés et à discuter avec le personnel du programme Découverte pour en savoir plus sur la puissance du lac Supérieur.

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